BILADI ROLLING THEATRE

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mardi, janvier 1 2008

Le Pain Nu

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Image Titre 2
Mise en scène: Jean Baptiste Demarigny

Interprétation: Fatima Mhaireg

Musique: Benjamin Breda

Lumières: Benoît Pelé

Durée du spectacle: 1h


Trois versions du spectacle: en français, arabe, ou espagnol.

Extrait




« C'était le temps de la famine dans le Rif. La sécheresse et la guerre. Un soir j'eus tellement faim que je ne savais plus comment arrêter mes larmes. Je suçais mes doigts. Je vomissais de la salive. Ma mère me disait, un peu pour me calmer:
– Tais-toi, nous émigrerons à Tanger. Là-bas le pain est en abondance. Tu verras, tu ne pleureras plus pour avoir du pain. A Tanger les gens mangent à leur faim. Regarde ton frère Abdelkader, lui, il ne pleure pas.
Les yeux d'Abdelkader: profonds et hagards. A le regarder dans cette absence, je m'arrêtais de pleurer. Sa sérénité me procurait de la patience mais pas pour longtemps.
Mon père, furieux, me donne des coups de pieds en hurlant:
– Arrête, fils de pute, tu mangeras, tu mangeras avant même ta mère.
Il me prit par le bras et me jeta par terre. Me roua ensuite de coups avec rage. Ma culotte était mouillée.
Nous primes le chemin de l'exil, à pied. Sur le bord de la route il y avait des charognes, des oiseaux noirs et des chiens. Ventres ouverts, déchirés. La pourriture.
La nuit nous plantions notre tente n'importe où, là où la fatigue devenait insupportable; on entendait le hurlement des renards, et on apercevait des gens qui enterraient vite les victimes de la faim là où elles étaient tombées. Mon frère toussa tout au long du voyage.
– Dis mère, est-ce que mon frère va mourir lui aussi?
– Non, il ne mourra pas. Il est juste malade.
– Mais mon oncle est mort.
– Non, ton frère ne mourra pas.
A Tanger, je ne vis pas les montagnes de pain qu'on m'avait promises. Certes, dans ce paradis on avait faim, mais on n'en mourrait pas comme dans le Rif. »''

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Le Pain Nu chapitre 1, traduit par Tahar Ben Jelloun


Le Pain Nu




Mohamed Choukri a appris à écrire à l'âge de 20 ans. Il est néanmoins l'écrivain majeur de la littérature marocaine de langue arabe.
Ce qu'il raconte ? Sa vie simplement, une vie nue comme le pain. Cette portion de vie qui va de la mort de son jeune frère, tué par son père dans un accès de fureur, au jour où il se décida à aller à l'école pour apprendre à lire et écrire. Il avait vingt ans. Et c'est tout un pays, toute une jeunesse, encore actuelle, qui apparaît. Mohamed Choukri écrit comme il vit. D'une façon directe et enthousiaste. Sans jugement. A la manière dont les gens vivent, ici, au Maroc. Son héritage, ses sources : son peuple.
C'est cette nudité de l'écriture, cette sensualité (à la façon de Genet, dont il fut l'ami, ou du poète syrien Mohamed al-Maghout) qui ont valu au livre d'être interdit au Maroc jusqu'à une date très récente.
Ce livre est d'une certaine façon un roman d'apprentissage moderne ; fragmenté dans sa forme, comme le souvenir lui-même, et dans l'espace : l'exode rural que connaît le Maroc depuis les années 30. La famille de l'auteur est contrainte de quitter son Rif natal pour la ville, poussée par la famine. La suite : Tanger, Tétouan, Oran... les péripéties d'un jeune garçon dans la nécessité de subvenir seul à ses besoins, qui découvre l'humiliation, la misère et le sexe. Le monde doux et cruel des hommes. Et nous le fait découvrir. Encore une fois, sans aucun pathos, avec une précieuse naïveté.

« Né sur une terre fêlée, sèche et désolée, Mohamed Choukri a tôt connu la violence du besoin, l'exigence de la haine et le visage de la mort.
Très tôt aussi, Mohamed découvrit la sexualité. Une peur le hantait, celle d'être violé. Pour cela il préférait dormir dans les cimetières, là où les vivants ont peur des morts et où les morts ne se lèveront pas pour menacer « le beau gosse au joli petit cul ». Mohamed Choukri parle avec simplicité de ses premières expériences sexuelles, de sa découverte du sexe de la femme. (...) Il apprendra beaucoup de choses, dans l'univers des putains, dans les bordels, les cafés, les ruelles, avec des voleurs, des proxénètes, des contrebandiers, etc.
Telle est cette vie sans pain, sans tendresse. Un texte nu. Dans la vérité du vécu, dans la simplicité des premières émotions. Ce n'est pas un hasard si le manuscrit de ce récit a été refusé par les maisons d'édition dans le monde arabe (écrit au début des années 70, il ne sera publié en arabe qu'en 1982 et ne sera autorisé au Maroc qu'en 2000). Il faut dire que ce que raconte Choukri fait partie de ce genre de choses qui ne se disent pas, qu'on tait, ou du moins, qui ne s'écrivent pas dans les livres. La prostitution existe. Tout le monde le reconnaît. Mais en parler, la dire, reste intolérable. Il est donc plus grave d'écrire sur la misère que de la vivre! »

Tahar Ben Jelloun, préface à l'édition française du Pain Nu, Paris 1979.


L'auteur: Mohamed Choukri




choukri3.jpg Mohamed Choukri est né en 1935 à Beni Chiker, un petit village berbère du Rif près de Nador au Maroc. Élevé dans une famille pauvre, il s'enfuit à l'âge de 11 ans et devient enfant des rues de Tanger, où il vit dans les bas-fonds de la ville. À l'âge de 20 ans, il décide d'apprendre à lire et à écrire et deviendra instituteur.
Dans les années 60, dans le Tanger cosmopolite, il fera la rencontre de Paul Bowles, Jean Genet et Tennessee Williams. Il commence à être publié dès 1966 (dans Al-adab, mensuel de Beirut). Son succès international viendra avec la traduction en anglais, par Paul Bowles, de Al-khoubz Al-Hafi (Le Pain nu, For Bread alone, Peter Owen editions) en 1973. Le livre sera traduit en français par Tahar Ben Jelloun en 1980 (éditions Maspéro), publié en arabe en 1982 et interdit au Maroc de 1983 à 2000. Il est décédé en 2003 à l'hôpital militaire de Rabat.

Le Spectacle




Un roman

Le Pain nu est un court roman, non pas une pièce de théâtre. Écrit dans une langue simple, concrète, il donne l'impression d'avoir affaire à la matière elle-même. C'est le défi que nous avons voulu relever : donner aux spectateurs une impression similaire à celle que nous avions eu comme lecteurs.

Pour cela, nous avons cherché à raréfier le texte sur scène. Partout où cela nous a semblé possible, nous lui avons préféré le poids de l'action ou celui d'images suggestives.

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Photographies Rozenn Quéré

La scène, le lieu de métaphores perpétuelles

Comme s'il s'agissait du pain lui-même, nous avons travaillé sur la nudité de l'espace scénique qui délègue au seul jeu du comédien l'ensemble des incarnations et des significations. Alors le corps de l'acteur est devenu la matière même du spectacle.

Parce que c'est de cela dont traite le texte : la vie, conçue comme une histoire des besoins du corps. D'un corps pris dans le réseau des déterminismes sociaux que sont la misère, la morale, la sexualité, dans le Maroc du Protectorat.

Dès lors, l'actrice, seule sur scène, interprète tour à tour, non seulement l'ensemble des personnages, mais aussi, là où le texte l'exige, un arbre, un troupeau, la famine.

Ainsi en va-t-il également des rares objets, que l'usage qui en est fait, métamorphose. D'une serpillière, nous avons fait une poule, puis la petite soeur de Mohamed Choukri, puis à nouveau une serpillière, puis une galette de miel.

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Un spectacle marocain

En quête d'un langage toujours plus proprement théâtral, nous avons puisé dans les formes spectaculaires traditionnelles du Maroc. Aussi, le spectacle ne va-t-il pas, parfois, sans rappeler la façon du théâtre populaire marocain: le Halqa, où la foule forme un cercle autour des acteurs, tel qu'on en trouve encore certains avatars sur la place Jamâa el- Fna de Marrakech.

Enfin, un des axes du travail a été d'aller chercher dans la réalité de la société marocaine une compréhension plus ample des situations évoquées. De nous servir de la matière gestuelle et des personnages que l'actrice, ayant grandit dans ce pays, porte en elle.

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Les Photos et Vidéo



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L'équipe artistique



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